Février, se purifier

Il me semble que c’est la première année où j’ai réellement compris/ressenti le besoin de me purifier. J’en comprends l’importance dans le cycle annuel et dans la symbolique. Cette année, il s’y rajoute vraiment la dimension personnelle. Comme si dans tout mon cheminement personnel où j’ai pas mal élagué de mon passé, de mes souvenirs, de mes relations, de mon comportement, j’arrivais à la fin d’un cycle. Et qu’il était temps que je me débarrasse du dernier ressort qui m’empêche d’avancer dans mon histoire personnelle. Et du coup dans mon développement spirituel. Puisque tout est lié.

Je n’ai pas fêter Imbolc. Je ne me sentais pas connectée au temps sacré. Ou bien ce n’était pas encore le moment pour moi. Des discussions passionnantes, enrichissantes et jamais achevées, comme toujours avec mon cher W. Du tâtonnement, des avancées ou des retours en arrière. Par exemple, en ce moment, j’éprouve de nouveau une certaine lassitude à ce que je lis chez certains païens.  Là où je devrais apprendre de leur lâcher prise, de leur recul et de leurs sagesses ;  je n’y vois que brassages d’air, vanités intellectuelles et puérilités. Je me retrouve dans la fâcheuse position de « celle qui pense assez savoir pour juger » . Alors qu’au fond je ne sais rien. Je connais juste un peu l’humain.  Je me sens usée par tous ces beaux discours, belles phrases qui sonnent désormais creux dans mon cœur et mon esprit. Car souvent la personne qui l’écrit ne l’a elle-même pas compris. J’ai l’impression de voir parfois certaines situations avec une telle lucidité : fausseté et futures trahisons à venir; que je me dis que ce n’est pas possible. Je dois me tromper. Comment, moi, pourrais-je deviner de telles choses alors que ce qui apparaît à mes yeux n’est que le sommet de l’iceberg ? Je me suis trompée parfois. A m’excuser de ma mauvaise langue. J’aimerais que cela m’arrive plus souvent. Car finalement, les êtres humains sont si prévisibles …. Ils parlent : savoir, pouvoir, bien agir et ne voient même pas qu’ils font eux-mêmes ce qu’ils fustigent chez les autres. J’en reviens à me faire peur moi-même. Si tout le monde le fait, alors moi aussi ! Où ai-je bien donc failli ? Où est-ce que je me trompe ? Où est-ce que je parle avec « raison » sans moi-même appliquer la leçon ?

Je ressens également le besoin de me purifier de tout ceci. De me détacher de ses pensées, de ne plus m’occuper des attitudes d’autrui, de leurs incohérences et de leur manque de savoir-être …..

J’ai lu chez un druide qu’Imbolc était la purification par l’eau et Belteine par le feu. J’ai lu chez un autre que nous purifions le corps et le monde physique par l’eau à Imbolc, l’âme par l’air et le vent à Ostara et l’esprit par le feu à Belteine.

Je pense qu’il y a une part de vrai chez chacun de ces druides. Sans que je sois autant aussi catégorique. Puisque tout est lié. J’ai purifié il y a quelques jours mon foyer en ajoutant une attention, tout simplement en faisant mon ménage. Le lendemain, je faisais un petit rituel de purification de mon logement et moi-même avec encens (storax, oliban, mélange de romarin, sauge et lavande séchée) et ma cloche (les vibrations sonnantes de la cloche brisent les mauvaises énergies et chassent si nécessaire les mauvaises entités). J’ai fini par  me passer de l’eau sur le visage, les mains et les pieds.

Mais je le sens, ce n’est pas encore suffisant. Il y a deux ans, avec une ancienne amie, nous avions fait une célébration simple et très belle, la nuit au bord de la rivière. Le ciel étoilé et une belle lune brillante.  Nous avions déposé sur de petites plaques de liège une bougie, une offrande….J’y avais rajouter un texte personnel nécessaire à ce dont je devais me purifier/libérer à l’époque. Nous les avons remises à la rivière. J’ai baigné mes mains et mon visage. Puis nous sommes retournés au sein du cercle finir la célébration. Je me rappelle avoir lu que si nous apercevons le petit peuple, ce ne sera jamais directement de face mais du coin de l’œil. Comme une ombre fugitive aussitôt disparu. Ce soir là, du coin de l’œil, j’aperçus dépassant les arbres de la rives d’en face la silhouette noire d’un géant quittant les lieux. Et j’ai repensé à une légende sur un chevalier qui rencontrait un géant noir, maître des animaux de la forêt. Peut-être le fruit de mon imagination, que mon cerveau a fini d’interpréter. J’ai eu le sentiment qu’il était venu nous observer et reparti une fois la cérémonie terminée. Peut-être attiré par nos chants ? Moi, la peureuse, cette fois-ci, je n’ai pas eu peur. Juste bien à la place qui m’était donnée.  J’étais ressortie plus légère, avec une nouvelle énergie.

On m’avait dit (qui exactement, je ne sais plus) qu’Imbolc était la fête de la Déesse.  J’ai lu par-ci, par-là, que la Déesse retrouvait son état originel de vierge après l’accouchement du Dieu-Soleil. J’ai lu que dans pas mal de culture (ne serait-ce que les chrétiens au Moyen-Âge ou en Inde encore aujourd’hui), que la femme était considérée impure après son accouchement et devait rester à l’écart de tous et des lieux sacrés pendant un certains laps de temps. Avant de se purifier.  Imbolc est le temps de la purification. Pour retrouver un état premier ? N’est-ce pas une mauvaise interprétation ? Un moyen supplémentaire de rabaisser la femme et de l’écarter ?

Le mythe irlandais de la naissance d’Oengus évoque sa mère Boand qui veut se purifier. « Pour réparer sa relation coupable, elle se baigne dans l’eau lustrale et mortelle de la source Segais, demeure de Nechtan, dans laquelle elle perd un bras, une jambe et un œil. Dans sa fuite vers l’océan elle devient la rivière Boyne. Georges Dumézil a indentifié un mythe cosmogonique de libération des eaux dans l’histoire de Boann. La mort de Boann engendre les eaux cosmiques qui irriguent tous les mondes connus. Elle réunit plusieurs traits caractéristiques de l’Aurore indo-européenne, dispensatrice de prospérité et libératrice des eaux. » Boann (ou Boand) – Wikipédia 

Vraiment ? Relation coupable ? Réparer ? Personnellement, je pense que le texte a été réécrit par des chrétiens qui une fois de plus ne comprenaient pas tout et réinterprétaient à leur sauce.  Qui plus est si Boand (ou toute autre déesse ) souhaite retrouver son état originel de « virginité », redeviendrait-elle exactement la même ?

Le philosophe Héraclite disait : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».  L’eau qui s’écoule n’est jamais la même et nous même changeons, évoluons.  Une Déesse qui reviendrait à son statut d’avant, ne serait-ce pas faire disparaître l’enfant qu’elle a eu ? Alors qu’il fait partie de son évolution ? Femme/Déesse, elle n’est plus enceinte. Son corps petit à petit redevient celui d’une femme non-enceinte (et ce n’est pas une histoire de kilos, mais d’organes qui reprennent leurs places, de cycles menstruels qui recommencent, …) Pourtant elle reste mère. La Déesse ne se purifie-t-elle pas simplement d’un état qui n’est plus ? Pour pouvoir retourner dans le cycle ? N’en-est-il pas de même pour les femmes après un accouchement ? Boand s’est transformée en rivière de la Boyne comme punition ? Ou bien parce qu’elle se devait de retourner à son rôle de déesse pourvoyeuse de bienfaits, libératrice des eaux ? Après le gel de l’hiver, la fondue de la neige ne doit-elle pas s’effectuer ?

Une fois de plus, je me retrouve à mélanger des pensées dans cet article. Même si c’est un point de vue très personnel, j’espère qu’il restera lisible et compréhensible malgré tout.

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