La Mort

 

En ce moment, je pense souvent à la Mort.  Avec Jafar en fond sonore 🙂 . Il faut dire que la saison s’y prête. Et mon vécu aussi. Alors non, je ne pense pas à ma mort. Je n’envisage pas non plus d’inviter la Faucheuse à prendre le thé.

Mais c’est plutôt un questionnement sur notre rapport à la mort. Nous n’y pensons plus, la nions. Certains au contraire y vouent une sorte d’adoration ou au contraire vivent avec la peur de la rencontrer à chaque coin de rue. Je ne parle pas de ces nombreuses victimes de guerre qui vivent une tragédie au quotidien. Malheureusement, beaucoup trop nombreuses. Je parle des gens qui vivent avec une peur maladive.

Il y a moins d’un siècle, encore de nombreuses femmes mourraient en couche. La moindre forte pluie, la moindre grêle avaient de graves conséquences sur les récoltes (mort du grain, des plantes) et créaient des épisodes de famine. En dehors des agriculteurs qui voient leur dur labeur détruit et qui se retrouvent en grave difficulté, qui en a encore conscience aujourd’hui ? Nous n’avons qu’à acheter des produits provenant de l’étranger (et je ne vous parle pas de la qualité ) et l’illusion est parfaite pour notre petite vie.
A mon niveau, j’ai mon adorable boule de poil pleine de vie, qui tue lézards, papillons de nuit, etc, à foison. On ne peut évoquer la Vie, sans sa compagne la Mort.

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La Vie et la Mort, Gustav Klimt

Nous n’avons pas personnalisé la Vie par un avatar. La Mort oui. Sorte d’ogre ou de grand méchant loup pour adulte ?
Tiens, revoilà l’ogre croisé parmi les Fomores, Titans et autres Géants.
Qu’en était-il chez nos Dieux ?

Tout d’abord, j’ai été surprise de découvrir que la symbolique de la faux est beaucoup plus ancienne que je ne le pensais en Europe occidentale.La Faucheuse remonte au Moyen-Âge. Je la perçois comme une sorte de contrepartie  manichéenne au Dieu monolithe, histoire de tout lui mettre sur le dos .  De mémoire, elle était souvent représentée peu avant l’an mil, car les chrétiens pensaient que ça serait l’année du Jugement dernier. Puis pendant la Peste Noire. On devine pourquoi.

J’ai découvert que :« Thanatos avait un cœur de fer, des entrailles d’airain et une âme de bronze. Les Grecs le représentaient sous la figure d’un enfant noir avec des pieds tordus, caressé par sa mère, Nyx. Quelquefois ses pieds, sans être difformes, sont seulement croisés, symbole de la gêne quand les corps se trouvent dans la tombe. Cette divinité apparaît aussi sur les sculptures anciennes avec un visage défait et amaigri, les yeux fermés, couverte d’un voile, et tenant, comme Chronos, maître de Temps, et Cronos, roi des Titans une faux à la main. Cet attribut semble signifier que la vie est moissonnée comme le blé. » (Wikipédia)

Chez les Aztèques, nous trouvons le dieu de la Mort, Mictlantecuhtlil. Il était représenté comme « un squelette couvert de taches jaunes et rouges représentant des restes de chair. Bien que sa tête soit un crâne, il a une langue, des dents, des gencives et des yeux. Sa gueule est toujours béante, prête à avaler les étoiles qui se couchent pendant la journée, et les hommes qui viennent à mourir. Il a également des oreilles, ornées de pendants en restes humains (des mains ou des os). Il est souvent dépeint avec un grand plumail et des sandales, signes de son rang de seigneur des enfers. »

Je vous copie également ces deux passages intéressants trouvés dans l’article La Mort (mythologie) sur Wikipédia :

  • Paganisme slave

    Les anciennes tribus slaves voyaient la mort comme une femme vêtue de blanc, tenant à la main des jeunes pousses qui ne fanaient jamais. Être touché par ces pousses faisait tomber dans un sommeil perpétuel. Cette représentation a survécu au christianisme durant tout le Moyen Âge, et n’a été remplacée par l’image plus répandue dans la tradition européenne d’un squelette allant et venant qu’à la fin du xve siècle.

  • Paganisme lituanien

    Les Lituaniens appelaient la Mort Giltinè, du mot « gelti » qui signifie « piquer ». Giltinè était représentée sous les traits d’une vieille femme laide, avec un long nez bleu et une langue empoisonnée. La légende raconte que Giltinè était une jolie jeune femme enjouée qui fut emprisonnée durant sept ans dans un cercueil. La déesse de la Mort était la sœur de la déesse de la Vie et de la Destinée, Laima, ce qui symbolisait les relations entre le début et la fin de la vie.

    Par la suite, les Lituaniens ont adopté la vision chrétienne de la Mort, avec sa robe noire et sa faux.

 

Pour le panthéon celtique, il y a le Dagda en Irlande et Sucellos en Gaule qui possèdent tous deux un maillet. Quand ils frappent d’un côté, ils donnent la mort. Quand ils frappent de l’autre, ils (re)donnent vie. Malgré leurs fortes similitudes, on ne peut complètement remplacer un dieu par un autre. L’Irlande et la Gaule, même si celtes toutes deux, n’ont pas eu la même évolution. En Irlande, il y a également Morrigane. Une déesse dont au fond je sais bien peu de chose. Elle est liée à la mort, à la guerre, à la fureur guerrière. Elle désigne les guerriers qui vont mourir et vient récupérer leurs âmes sur le champs de bataille sous la forme d’une corneille (sous le nom de Bodb). Mais elle est également la Grande Reine et elle est liée à la sexualité. En Irlande, plusieurs mythes évoquent le mariage de rois avec des reines légendaires, qui sont en réalité la Souveraineté. Mariage nécessaire pour le pouvoir et l’autorité du roi, ainsi que la fertilité de la terre. En cas, de mauvaises récoltes, on reprochait au roi qu’il ne faisait pas ce qu’il fallait (auprès des Dieux , de l’ordre cosmique) pour assurer la prospérité  à son peuple.Ces reines légendaires, ne seraient-elles pas un aspect de Morrigane ?

Bref, pour en revenir au sujet, je pourrais continuer à faire le tour des panthéons pour montrer toutes les variantes de la représentations de la Mort ou de ses divinités. Je n’ai pas trouvé d’avatar de la Vie. Je pourrais vous parler de la première fois où j’ai découvert l’image de la Santa Muerte.

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Je ressentis un véritable choc. Pour moi, mélange d’irrationnel, d’horreur et de tabou. Mais l’est-ce vraiment ?

Je pourrais vous parler sur les Gaulois  et leur rapport à la Mort.

 » Le point essentiel de leur doctrine (celle des druides)est l’immortalité de l’âme »,  « Ils enseignent qu’après la mort elle passe dans d’autres corps » , « Cette conviction, d’après eux, excite particulièrement au courage, en faisant mépriser la peur de la mort ». Extrait de la Guerre des Gaules de César.

« Le seul dogme qu’ils enseignent publiquement, c’est l’immortalité de l’âme et l’existence d’une autre vie » , Pomponius Mela.

« Unis selon une règle qui a pour elle l’autorité de Pythagore, par les liens étroits d’une vie en commun, sont arrivés, par leurs recherches sur les mystères les plus profonds, à une hauteur d’où, contemplant l’humanité, ils ont proclamé l’immortalité de l’âme  » ,  Ammiens Marcellin (en parlant des druides).

Mais qu’en est-il dans notre quotidien. Il m’a fallu une balade en forêt pour formuler et intégrer une évidence.

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La Vie se nourrit de la Mort.

Je me suis sentie bête après. Il n’y a qu’à voir ce que je mets dans mon assiette pour l’observer. Cependant, dans ce monde de la négation, mon steack en barquette, même si j’ai connaissance des scandales qui l’entourent, j’y voyais le rouge vif du sang, de la vie qu’il m’apporte. Pas la mort. Oui, je connais le cycle de la vie, cette image de l’herbe broutée par un zèbre, mangé par un lion, qui mort retourne à la terre.  Néanmoins, tout cela restait au niveau de l’intellect.

La Mort, pour être, se nourrit de la Vie à son tour. En cette magnifique forêt, je me suis allongée sur son sol couvert de feuilles mortes en décomposition, au sein d’une clairière. Futur humus nourricier pour la Terre et ses habitants. Un rapace noir au bout des ailes blancs est passé. Un grand calme, une profonde sérénité. Il n’y a pas de véritable séparation, tout est lié.  Nous sommes autant porteur de vie que de mort. Complémentaires et intrinsèquement liées.

Lumière et ombre. Lumière, l’extraversion, l’action, le conscient. Ombre, l’introversion, la réflexion, l’inconscient.

Lumière, la vie, la naissance . J’en aime que plus cette expression « Donner le jour ». Peut-être est-ce ça que finalement certains hommes nous reprochent de manière inconsciente.  Il faut un mâle et une femelle pour avoir un petit. Mais c’est la femelle qui donne le jour. (Et pour ceux qui pensent aux hippocampes, seul mâle à ma connaissance à donner naissance à ses petits ; il a tout d’abord fallu que la femelle dépose les œufs fécondés dans sa poche ventrale).

Ombre, la mort, la survie. Mes dernières réflexions m’ont amenée à cette pensée. Une fois qu’on retire les parures de l’ombre, telles que bêtise et méchanceté gratuites auxquelles s’adonnent beaucoup de personnes superficielles, il nous reste l’instinct de survie. Cet instinct ne répond à aucune morale. Car il connaît la Mort. La Mort n’est pas juste, n’est pas morale. Elle est peut-être la seule chose  qui existe qui est égale pour tous. Notre instinct de survie est notre puissance, enfouie au plus profond de nous.  Il peut accepter la Mort ou au contraire, décider de se battre pour la repousser dans le temps. Car notre force sait qu’elle ne lui échappera jamais définitivement . Notre instinct de survie peut nous mener à faire des choses contraire à nos valeurs, à nos principes. Comme donner la mort à un autre être vivant. Et il n’est point besoin d’effusion de sang pour cela.

Le gui, plante sacrée des druides, est une plante parasite qui affaiblit son arbre-hôte. Ce dernier peut donc finir par tomber malade et mourir.

Mon travail actuel est de prendre conscience que la Mort est omniprésente et de l’accepter. Je ne deviens pas morbide et mortifère. J’accepte ce qui est, j’observe. Et je n’en découvre que plus la réalité de la Vie. La Vie et la Mort dansent. Une valse sans fin, continuelle. A moi d’accepter d’entrer dans cette danse.

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La Vie demanda à la Mort : Mort, pourquoi les gens m’aiment mais te hais ? La Mort répondit : Parce que tu es un merveilleux mensonge et je suis une douloureuse vérité.

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