Inspiration hellène

Il y a plusieurs mois, on me prêtait un livre L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant. Ce livre est tombé au bon moment entre mes mains. Je l’ai même acheté par la suite.

Cet historien y raconte ces mythes comme il les raconte à ses petits-enfants pour les endormir. J’ai adoré. J’ai redécouvert des mythes, découvert des variantes ou encore des éléments qui m’étaient inconnus et qui m’ont apporté beaucoup de réflexions. Cet homme a l’art de conter avec profondeur et simplicité.

Dernièrement, je me suis acheté un autre livre de J.-P. Vernant : Mythe et religion en Grèce ancienne (Essai). Un tout petit livre où l’on retrouve l’écriture simple et claire de l’auteur. Pas de fioritures, il va à l’essentiel. Ce n’est pas un livre où il reprend et expliques les mythes. Il faut avoir quelques  bases du sujet, pour comprendre à quoi il fait référence. Il y explique la conception et la pensée des Grecs dans plusieurs domaines.

Sommaire :
Introduction
Mythe, rituel, figure des dieux
Le Monde des dieux
La Religion civique
Des hommes aux dieux : le sacrifice
Le mysticisme grec

J’y ai lu des passages, notamment dans l’introduction, qui m’ont énormément interpellée sur mes propres croyances. J’imagine que ce qui est écrit se retrouve dans plusieurs religions païennes. En tout cas, je les trouve très juste pour le druidisme.

Extrait :

« […] Il y a donc du divin dans le monde comme du mondain dans les divinités. Aussi le culte ne saurait-il viser un être radicalement extra-mondain dont la forme d’existence serait sans commune mesure avec rien qui soit d’ordre naturel, dans l’univers physique, dans la vie humaine, dans l’existence sociale.Au contraire le culte peut s’adresser à certains astres comme la lune, à l’aurore, la lumière du soleil, la nuit, à un source, un fleuve, un arbre, le faîte d’une montagne et aussi bien à un sentiment, une passion (Aidôs,Eros), une notion morale ou sociale (Dikè, Eunomia). Non qu’il s’agisse chaque fois de dieux proprement dits, mais tous, dans le registre qui leur est propre, manifestent le divin de la même façon que l’image cultuelle présentifiant la divinité dans son temple peut faire à bon droit l’objet de la dévotion des fidèles.

Dans sa présence à un cosmos plein de dieux, l’homme grec ne sépare pas, comme deux domaines opposés, la nature et la surnature. Elles restent intrinsèquement liées l’une à l’autre. Devant certains aspects du monde, il éprouve le même sentiment de sacré que dans le commerce avec les dieux, lors des cérémonies qui établissent avec eux le contact. […]

[…] Entre le religieux et le social, domestique et civique, il n’y a donc pas d’opposition, ni de coupure nette, pas davantage qu’entre surnature et nature, divin et mondain. La religion grecque ne constitue pas un secteur à part, enclos dans ses limites et qui viendrait se superposer à la vie familiale, professionnelle, politique ou de loisir, sans se confondre avec elle. […] »

 

C’est ainsi que je conçois ma religion. A la lecture de ceci, je me suis rappelée ce qui était dit à propos des Gaulois : qu’ils étaient des philhellènes. Qu’ils les appréciaient tellement  que certaines riches familles n’hésitaient pas à envoyer leurs enfants apprendre auprès de maîtres grecs dans les villes telle que Massalia. A la lecture de ce texte qui me fait tant penser à la conception de la religion chez les Celtes (en tout cas, c’est de cette manière que je l’ai comprise), cela me semble même évident.

Un peu plus loin, dans le premier chapitre, nous pouvons lire :

« […] Leurs certitudes ne se situant pas sur un plan doctrinal, elles n’entraînent pas, pour le dévot, sous peine d’impiété, l’obligation d’adhérer en tout point et à la lettre à un corps de vérités définies ;  il suffit, pour qui accomplit les rites, d’accorder créance à un vaste répertoire de récits, connus depuis l’enfance et dont les versions sont assez diverses, les variantes suffisamment nombreuses pour laisser à chacun une marge d’interprétation étendue. […] »

J’ai beaucoup aimé ce passage. Car quand on essaie de rebâtir une religion alors qu’il manque tellement de pièces de puzzle, on peut avoir tendance,  (moi, la première) dans un souci de justesse,à devenir trop intransigeant et se fermer à d’autres manières de penser, d’autres versions de mythes, etc.  Je suis peut-être bien plus engoncée dans une vision monothéiste avec son idée de formatage de pensées que je ne veux l’admettre. Or, ici, on ne parle pas de tolérance, mais de liberté de penser. J’aime beaucoup cette idée.

Quand l’auteur évoque le rôle des poètes dans la civilisation grecque, avec la fonction de mémoire, de transmission, dans un cadre public, cela m’a forcément rappelé le rôle des bardes.

J’y ai même appris que les auteurs grecs n’hésitaient pas à émettre des doutes, des critiques   » sur le crédit à accorder, dans ces récits, à des épisodes scandaleux qui semblent incompatibles avec l’éminente dignité du divin ».  Personnellement, il m’est arrivé d’émettre des doutes. Par exemple, pendant la deuxième bataille de Mog Tured, Dagda se retrouve à manger dans une immense fosse et en racle même la terre pour ne pas en laisser une miette. Il a tellement mangé que sa tunique ne recouvre plus complètement son ventre rebondi et qu’on peut voir ses parties génitales. Et pourtant Dagda est un dieu-druide, un dieu puissant. Il y a de quoi se poser des questions à la lecture d’un tel récit.

Voici ce qu’en explique J.-P. Vernant et qui je pense peut également s’appliquer aux mythes celtes.

« […] Sur ce plan les solutions seront diverses, depuis le rejet, la dénégation pure et simple jusqu’aux multiples formes d’interprétation permettant de « sauver » le mythe en substituant à la lecture banale une herméneutique savante qui met au jour, sous la trame de la narration, un enseignement secret analogue, derrière le déguisement de la fable, à ces vérités fondamentales dont la connaissance, privilège du sage, livre la seule voie d’accès au divin. […] ».

Finalement, quand je lis ce livre, la Grèce ancienne me paraît moderne, voire même atemporelle dans ses mythes et sa religion. Et j’aime retrouver ceci dans mon druidisme.

 

 

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