Archives mensuelles : juin 2016

Les pays baltes

Estonie, Lituanie, Lettonie.

Alors que je cherchais un chant inspirant sur le soleil (cherche encore …), je suis tombée sur cette vidéo :

 

Wow ! 15 000 choristes ! Une énergie qui vibre, nous ancre dans nos tripes et nous envole aussi vers le ciel. Ce chant est dédié à la Déesse Ligo, Déesse des Ténèbres et des Brumes.

En cet instant, je les envie. Oui, ce n’est pas beau comme sentiment. Mais ces Lettons ont conservé le chant de leurs anciens dieux et déesses et qui, pour ne rien gâcher, sont d’une grande beauté. Je n’ai rien trouvé sur cette déesse. Je n’ai aucun livre sur les divinités baltes et je ne la trouve pas sur le net. C’est dommage …

Est-elle une déesse de la nuit et de l’invisible ? La brume évoque pour moi une porte sur l’Autre-Monde, sur ce qui nous est invisible. Ou alors simplement le danger. Le danger de se perdre, de ne pas retrouver son chemin au risque de mourir … Une déesse de la mort ?

Ou est-ce une divinité de la période sombre ? Car ils évoquent sa cape de laine et les roseaux brisés …. par le gel et le vent ?

Ou les deux ?

=> Je viens rajouter ce commentaire après réécoute et lecture des paroles. La chanteuse parle qu’elle marche sur l’eau du lac aussi légère qu’un oiseau. Chez les Celtes, franchir un gué  était une manière de franchir une porte vers l’Autre-Monde, car ce n’est ni tout à fait la terre ferme, ni tout à fait la primeur de l’eau sur le lieu. C’est un seuil.   Est ce également un passage vers un Autre -Monde dans ce texte ? Mais lequel ?  Celui des Dieux ? Celui des Esprits de la Nature ? Celui des Morts, dirigé par Ligo ? 

La chanteuse se dit légère comme l’oiseau. Puis parle des roseaux dorés dressés et de demander à Mara d’apprendre à comment à réparer les roseaux cassés.  En cet instant, je crois qu’il s’agit de chamanisme. Que les roseaux dorés sont le symbole des âmes des êtres vivants. Et les jeunes filles évoquées, peut-être les servantes de la déesse Ligo. Je crois que le/la chaman veut réparer des roseaux cassés, des « âmes brisées ». L’un des rôles des chamans étaient d’aller justement dans des transes pour retrouver les morceaux d’âmes qui avaient été perdus. Ce qui rendaient les gens malades. Mais il semblerait que ce chaman manque d’expérience et cherche à contacter Mara, un/une chaman décédée je suppose,  pour apprendre comment faire. 

Si une personne connaît cette divinité et connaît le message de cette chanson,  j’aurais grand plaisir à l’entendre.  Ce chant me touche beaucoup et je voudrais être sûre de le comprendre. Ou au moins me confirmer que je ne suis pas à côté de la plaque. 😛 

Ce que jaime également dans ce  chant, c’est qu’il n’y a aucune peur, aucune soumission.  Ce qui est, est acceptée et la Déesse respectée sans crainte.

Elle est fêtée le 23 juin, Līgo svētki

Le druide qui m’a fait entré dans le druidisme nous avait parlé d’un grand festival païen organisé tous les ans en Lituanie pendant un mois et que c’était possible car ce pays avait été christianisé tardivement Des souvenirs merveilleux pour lui, malgré la difficulté de la compréhension sans connaître la langue.

Petit reportage de 4 minutes qui explique la tradition bien implantée des chorales et des danses folkloriques. L’Unesco l’a reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Pour finir, Extraits d’un reportage consacré principalement aux loups-garous dans les pays baltes. On y traite également de diverses traditions païennes dans cette même partie de l’Europe. Extrait qui dure 9 minutes.  Je me rappelle avoir vu un morceau de ce reportage lors de sa diffusion. Du peu de souvenirs qu’il me reste, on y voyait un arbre avec un grand trou dans son tronc. Selon la tradition, il fallait passer à travers pour devenir un loup-garou et repasser  à travers pour redevenir humains. Les sorcières y avaient une réputation très néfastes. Par contre, les loups-garous avaient une très bonne réputation ! Ils chassaient les sorcières pour les empêcher de détruire les récoltes.

Cela pourrait bien devenir une destination qui me tente 🙂

 

Edit 03/07/2016 Après quelques recherches supplémentaires, j’ai fini par trouver quelques infos sur internet, dont ce lien donné par une amie  Fête de Ligo en Lettonie – Epoustouflant de beauté.

Il semblerait que Ligo ne soit pas le nom d’une déesse, mais celui de la fête qui a lieu la nuit de la veille de la St Jean. Marâ est la déesse lettone qui incarne la puissance de la terre (voir le lien suivant : Coutumes et traditions en Lettonie). Serait-ce Marâ la Déesse des Ténèbres et de la Brume ? Je reste toujours sur mon idée de chamanisme et de récupérer des âmes pour le sens de cette chanson. Mais à voir ….

Je vous invite à aller voir les vidéos, dont les liens sont donnés par Juluan en commentaire. La première est un chant dédié à Saule, la déesse-soleil. La deuxième est  un petit documentaire qui explique les fêtes et croyances lettones avec des chansons. Il y a des sous-titres en anglais qui m’ont permis de suivre. Très belle et instructive !

 

 

Edit du  05/07/2016 : jamais deux sans trois 🙂

Obsidienne Céleste a eu la gentillesse de me transmettre des textes et liens dans les commentaires qui confirment que Ligo est le nom de la fête, non d’une divinité. Je vous invite à aller les voir !

 

 

 

 

Glanum, la source sacrée

Tout d’abord, un peu d’histoire …

Glanum est un très beau site archéologique, situé à Saint-Rémy-de-Provence .C’est un vaste oppidum sur la chaîne des Alpilles . De la roche, de la garrigue qui évoquent plus pour moi l’aridité qu’une source bienfaisante. La première fois que je l’ai visité,  au mois de mai 2013, le ciel était couvert. Mais dès que le ciel reparaissait, on se sentait dans un four. Comment des gens pouvaient y vivre dans la canicule de l’été ?

Le site que l’on visite n’est qu’une infime partie de la totalité du site, mais il vaut sacrément le détour .

 

« […] Glanum est né le la présence d’une source permanente, fréquentée dès la préhistoire. A ses abords se fixa à l’âge du fer (VI°-II° siècle av. J-C.) un habitat occupé par des Salyens.
[Le peuple des Salyens est le plus important des peuples gaulois de Provence, à la tête d’une fédération de tribus avec Entremont (près d’Aix)  comme capitale.]

Des poteries, des monnaies jetées en offrande dan le bassin de la source, des stèles de pierre peintes et gravées autour d’elle et d’un antre rocheux qui la surplombe témoignent de la motivation religieuse, dès l’origine, de cette implantation gauloise : un dieu celtique; Glanis, et ses compagnes bienfaisantes, les Mères Glaniques, habitent ces eaux limpides et guériesseuses.  […]

Le caract_re celtique de Glanum est évident. Toutefois, la proximité de Marseille grecque (fondée par les Phocéens en 600 av JC) et un accès aisé à la mer favorisent les contacts entre le delta rhodanien et la civilisation méditerranéenne ; les grandes familles indigènes, aristocratiques et guerrière, se montrent ouvertes aux apports de l’hellénisme. Ainsi naît une culture originale, dite  » gallo-grecque » , dont Glanum est la plus belle expression qui nous soit parvenue . […] « 

La Cité de Glanum fut conquise par les Romains dans la deuxième moitié du II ème siècle av JC.

Sur les divinités qui y ont été honnorées

Glanis et les Mères Glaniques
Bona Dea
Valetudo, une déesse romaine de la santé qui y a un temple et « qui semble réincarner l’une des Mères Glaniques salutaires et secourables de la tradition celtique « .
Mais aussi Appollon, Bélénos, Sucellus (dont les carriers appelaient la protection)
Mercure et la Fortune.
Ainsi qu’Hercule comme gardien de la source et ouvreur de passage dans les défilés rocheux.

Autel dédié  » aux oreilles  » de Bona Dea par la prêtresse Loraia (à gauche).                       Autel dédié  à Glanis et aux Mères Glaniques (à droite).

Mon vécu

La première fois que je me rendis à Glanum, ce fut lors d’une rencontre entre païens. Et j’y fis  l’une de mes plus belle rencontre :-). Les arbres de Judée étaient encore en fleurs et je pris réellement conscience de l’énergie de ce lieu, lorsqu’il me fallut près d’une semaine pour  atterrir.  » D’abord simple bassin dans la roche, elle est aménagée au IIème siècle avant JC en édifice couvert surmonté d’un étage « . Quand je repense à la lumière de ce lieu et que je vois les escaliers qu’il faut descendre pour accéder à la source, je me dis qu’on devait vraiment avoir l’impression de s’enfoncer sous terre, quitter le monde profane pour accéder au monde sacré.  De plus, face à la source se trouve un escalier qui monte vers une grotte. Grotte inaccessible et invisible pour le public. Mais cette association bas/haut, sous et dans la terre a de quoi interpellé. Les rites de guérison devaient être très puissants.

Je suis retournée l’année suivante avec deux amies païennes à la source. Ce jour-là, il faisait plus frais.  On se demandait s’il allait pleuvoir ou non. L’expérience fut complètement différente. Alors que nous nous sommes assises sur les marches face à l’eau, nous avons toutes les trois ressenties un malaise. Je sentais une pression désagréable au niveau du chakra du cœur.  J’avais le sentiment que l’esprit de la source me jaugeait. Comme s’il voulait savoir qui j’étais et qu’il voulait me tester. Sur le moment, nous avons peu échangé avec mes amies, trop surprises. Mais nous avons senti toutes les trois au même moment la pression céder. Nous étions acceptées par l’esprit. Lors de ces deux fois, j’avais envisagé prendre de l’eau de la source t la ramener chez moi. La première fois, le niveau de l’eau était trop bas pour y accéder. La deuxième fois, j’ai compris que c’était une très mauvaise idée.

Comment l’expliquer ….. Sequana, Matrona, etc, sont des noms de Déesses celtes liées à des rivières et fleuves (ici, la Seine et la Marne). Elles sont ces eaux mouvantes, mais elles sont bien plus et ne s’y limitent pas. Ces rivières et ces eaux guérisseuses sont des dons qu’elles nous font.  Pour ce qui est de la source de Glanum, je ressens une entité très localisée. Elle est la source. En ramenant de l’eau chez moi, j’eus soudain le sentiment que je l’amputais et que je n’en tirerais rien de bon. Je me trompe peut-être totalement. Mais je ne prendrais pas le risque. L’une de mes amies païennes a une anecdote au sujet de cette source qui me confirme dans ma pensée.  Cette source peut s’avérer néfaste. Pas dans le sens, d’une source méchante et tout le tralala. Néfaste dans le sens que l’être humain ne peut pas en supporter les effets dans certaines situations. Au point que ça peut le rendre malade. L’entité, l’esprit, le dieu de cette source, je ne sais comment l’appeler, fait son job.  Mais son rôle n’est pas tout le temps de tenir compte du  bien-être de l’être humain. Or, c’est une source réputée guérisseuse dans l’Antiquité. Ces variations apparaissaient-elles déjà dans l’Antiquité ? Ou est-ce une évolution sur le long terme ?

Alors que nous étions encore devant la source, nous primes la décision de rentrer. Soudain, le ciel s’est obscurci, le vent s’est levé et il s’est mis à pleuvoir. Nous nous sommes hâtées et la pluie s’est rapidement arrêtée. J’ai ressenti ce changement de météo comme venant de la source.  Je dirais presque, comme si elle aurait aimé que nous restions un peu plus longtemps. Nous l’avons toutes ressenties comme telle.

L’année dernière, je suis retournée à St-Rémy-de-Provence, toujours avec mes deux amies. Nous ne sommes pas allées voir la source, mais nous avons pique-niqué près d’un point d’eau à proximité.

Depuis plusieurs jours, j’y repense beaucoup. Il est peut-être temps que je fasse mon pèlerinage pour saluer la source.

NB : Les photos de cet article sont des photos personnelles. Toutes les citations en italique sont extraites de Glanum, De l’oppidum salyen à la cité latine, Editions du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux.

Inspiration hellène

Il y a plusieurs mois, on me prêtait un livre L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant. Ce livre est tombé au bon moment entre mes mains. Je l’ai même acheté par la suite.

Cet historien y raconte ces mythes comme il les raconte à ses petits-enfants pour les endormir. J’ai adoré. J’ai redécouvert des mythes, découvert des variantes ou encore des éléments qui m’étaient inconnus et qui m’ont apporté beaucoup de réflexions. Cet homme a l’art de conter avec profondeur et simplicité.

Dernièrement, je me suis acheté un autre livre de J.-P. Vernant : Mythe et religion en Grèce ancienne (Essai). Un tout petit livre où l’on retrouve l’écriture simple et claire de l’auteur. Pas de fioritures, il va à l’essentiel. Ce n’est pas un livre où il reprend et expliques les mythes. Il faut avoir quelques  bases du sujet, pour comprendre à quoi il fait référence. Il y explique la conception et la pensée des Grecs dans plusieurs domaines.

Sommaire :
Introduction
Mythe, rituel, figure des dieux
Le Monde des dieux
La Religion civique
Des hommes aux dieux : le sacrifice
Le mysticisme grec

J’y ai lu des passages, notamment dans l’introduction, qui m’ont énormément interpellée sur mes propres croyances. J’imagine que ce qui est écrit se retrouve dans plusieurs religions païennes. En tout cas, je les trouve très juste pour le druidisme.

Extrait :

« […] Il y a donc du divin dans le monde comme du mondain dans les divinités. Aussi le culte ne saurait-il viser un être radicalement extra-mondain dont la forme d’existence serait sans commune mesure avec rien qui soit d’ordre naturel, dans l’univers physique, dans la vie humaine, dans l’existence sociale.Au contraire le culte peut s’adresser à certains astres comme la lune, à l’aurore, la lumière du soleil, la nuit, à un source, un fleuve, un arbre, le faîte d’une montagne et aussi bien à un sentiment, une passion (Aidôs,Eros), une notion morale ou sociale (Dikè, Eunomia). Non qu’il s’agisse chaque fois de dieux proprement dits, mais tous, dans le registre qui leur est propre, manifestent le divin de la même façon que l’image cultuelle présentifiant la divinité dans son temple peut faire à bon droit l’objet de la dévotion des fidèles.

Dans sa présence à un cosmos plein de dieux, l’homme grec ne sépare pas, comme deux domaines opposés, la nature et la surnature. Elles restent intrinsèquement liées l’une à l’autre. Devant certains aspects du monde, il éprouve le même sentiment de sacré que dans le commerce avec les dieux, lors des cérémonies qui établissent avec eux le contact. […]

[…] Entre le religieux et le social, domestique et civique, il n’y a donc pas d’opposition, ni de coupure nette, pas davantage qu’entre surnature et nature, divin et mondain. La religion grecque ne constitue pas un secteur à part, enclos dans ses limites et qui viendrait se superposer à la vie familiale, professionnelle, politique ou de loisir, sans se confondre avec elle. […] »

 

C’est ainsi que je conçois ma religion. A la lecture de ceci, je me suis rappelée ce qui était dit à propos des Gaulois : qu’ils étaient des philhellènes. Qu’ils les appréciaient tellement  que certaines riches familles n’hésitaient pas à envoyer leurs enfants apprendre auprès de maîtres grecs dans les villes telle que Massalia. A la lecture de ce texte qui me fait tant penser à la conception de la religion chez les Celtes (en tout cas, c’est de cette manière que je l’ai comprise), cela me semble même évident.

Un peu plus loin, dans le premier chapitre, nous pouvons lire :

« […] Leurs certitudes ne se situant pas sur un plan doctrinal, elles n’entraînent pas, pour le dévot, sous peine d’impiété, l’obligation d’adhérer en tout point et à la lettre à un corps de vérités définies ;  il suffit, pour qui accomplit les rites, d’accorder créance à un vaste répertoire de récits, connus depuis l’enfance et dont les versions sont assez diverses, les variantes suffisamment nombreuses pour laisser à chacun une marge d’interprétation étendue. […] »

J’ai beaucoup aimé ce passage. Car quand on essaie de rebâtir une religion alors qu’il manque tellement de pièces de puzzle, on peut avoir tendance,  (moi, la première) dans un souci de justesse,à devenir trop intransigeant et se fermer à d’autres manières de penser, d’autres versions de mythes, etc.  Je suis peut-être bien plus engoncée dans une vision monothéiste avec son idée de formatage de pensées que je ne veux l’admettre. Or, ici, on ne parle pas de tolérance, mais de liberté de penser. J’aime beaucoup cette idée.

Quand l’auteur évoque le rôle des poètes dans la civilisation grecque, avec la fonction de mémoire, de transmission, dans un cadre public, cela m’a forcément rappelé le rôle des bardes.

J’y ai même appris que les auteurs grecs n’hésitaient pas à émettre des doutes, des critiques   » sur le crédit à accorder, dans ces récits, à des épisodes scandaleux qui semblent incompatibles avec l’éminente dignité du divin ».  Personnellement, il m’est arrivé d’émettre des doutes. Par exemple, pendant la deuxième bataille de Mog Tured, Dagda se retrouve à manger dans une immense fosse et en racle même la terre pour ne pas en laisser une miette. Il a tellement mangé que sa tunique ne recouvre plus complètement son ventre rebondi et qu’on peut voir ses parties génitales. Et pourtant Dagda est un dieu-druide, un dieu puissant. Il y a de quoi se poser des questions à la lecture d’un tel récit.

Voici ce qu’en explique J.-P. Vernant et qui je pense peut également s’appliquer aux mythes celtes.

« […] Sur ce plan les solutions seront diverses, depuis le rejet, la dénégation pure et simple jusqu’aux multiples formes d’interprétation permettant de « sauver » le mythe en substituant à la lecture banale une herméneutique savante qui met au jour, sous la trame de la narration, un enseignement secret analogue, derrière le déguisement de la fable, à ces vérités fondamentales dont la connaissance, privilège du sage, livre la seule voie d’accès au divin. […] ».

Finalement, quand je lis ce livre, la Grèce ancienne me paraît moderne, voire même atemporelle dans ses mythes et sa religion. Et j’aime retrouver ceci dans mon druidisme.