Les Étrusques, écrit et objets de croyances

Les Étrusques, j’en entends parler depuis que je suis petite. Sans vraiment les connaître. Comme un lointain Oncle d’Amérique évoqué parfois lors d’une discussion.

Sauf que là, ils se trouvent loin dans le passé, mais juste au-delà des Alpes.De lointains ancêtres hypothétique et mystérieux.  Je revois mon père, à moitié toscan, plongeait dans ses livres d’histoire sur eux. Ou la fois où il a voulu visiter une nécropole. Cerveteri ou Tarquinia (Nécropoles étrusques de Cerveteri et de Tarquinia – Unesco).Je ne suis plus sûre, j’étais bien petite.  Il faisait chaud, les chemins caillouteux blancs, les  chênes verts, et ses tumulus qu’on apercevait derrière un grillage. Grande déception pour mon père. On a fini par rentré sur le site par une ouverture dans le grillage. On fit un rapide tour avant de repartir sans se faire remarquer.

Des Étrusques, j’ai l’image de ces grandes peintures dans les tombes ou encore des sarcophages de couples heureux.

Alors quand je me suis rendue compte que l’exposition à leur sujet au Musée Lattara se terminait le lundi 29 février, je me suis empressée de m’y rendre.

Première petite déception, pour une fois, les photos étaient interdites !  La deuxième, pas de fresques (du moins des copies) ni de sarcophages d’amoureux. Ceci dit, vu le thème, j’aurais dû m’en douter. Après il y avait un peu de monde, sûrement empressé comme moi de ne pas la manquer.

Pour résumer avant d’aller  au sujet qui m’intéresse vraiment, les Étrusques vivaient en Toscane et ont précédé les Latins et la fondation de Rome. D’ailleurs, les premiers rois de Rome étaient étrusques. Ils fondèrent une confédération de 12 Cités-Etats.  C’est eux qui fondèrent le port et la ville de Lattara, vers – 500. (qui fut par la suite récupéré par les Massaliotes, puis les Romains, etc).

Pour en savoir plus sur eux => Wikipédia

Lors de l’exposition était diffusé les extraits du documentaire ci-dessous, qui survole des thèmes intéressants tel que leur civilisation, leur commerce, les femmes presque les égales des hommes (hé hé hé !), etc . Documentaire vraiment très intéressant sur la découverte de la plus grande épave de l’époque archaïque connue en 2000.

Les Etrusques, voyage interrompu

De cette exposition, je vais vraiment garder en mémoire des objets qui m’ont fasciné.

Une petit vase noir d’une dizaine de centimètres de hauteur à la panse rebondie, sur lequel était gravé un serpent. Dans le corps du serpent était gravé la recette du philtre d’amour que devait contenir le vase. Quel dommage qu’il n’y avait pas la traduction  !

Ensuite le Liber Linteus. Sacré objet. Il s’agit du plus long texte étrusque connu à ce jour. Il s’agit d’un livre de lin avec un calendrier rituel et des prescriptions de prières. Son histoire est étonnante. On l’a retrouvé comme ….. bandelettes sur une momie ! A priori, un prêtre étrusque aurait vécu en Egypte. Son livre aurait été jeté au rebut (après la mort du prêtre sûrement), puis récupéré pour emmailloter une momie. Sans ça, il n’aurait sûrement jamais été retrouvé !  => Liber Linteus sur Wikipédia

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Puis deux statuettes de divinités étrusques très intéressantes. Mais l’auteur de ce blog en parle beaucoup mieux que je ne le ferai.

« CULSANS et SELVANS.

On peut voir ces deux statuettes en bronze fondu à Cortone, au Museo dell’ Accademia Etrusca. Elles se ressemblent et ont sans doute été fondues par le même artisan à la même époque (vers le IIIè-IIè s. av. J.C.). Elles portent toutes deux des traces de retouches à la lime et au burin. Elles ne sont vêtues que d’un collier et de hauts botillons ( très en vogue aujourd’hui !).

Le sanctuaire de Portonaccio. Autres divinités...

Culsans, la première, offre un double visage avec une coiffure en peau de bête. Ce serait une sorte de JANUS (le gardien des portes).

Le sanctuaire de Portonaccio. Autres divinités...

La seconde, Selvans, divinité des bois ( Silvanus à Rome) et des frontières, est aussi coiffée d’une peau de panthère. Selvans, par son déhanchement, paraît plus efféminé…

Ce qui est intéressant, c’est que toutes deux portent une inscription en étrusque septentrional sur la cuisse gauche que je vais tenter de retranscrire fidèlement et de traduire en m’inspirant des indications trouvées dans l’ouvrage collectif déjà cité : Etrusques Un hymne à la vie (2013-14 p.130)

« v. cvinti. arnt/ias. culsansl/alpan. turce » 

Soit : « vel cvinti fils d’une arnti l’offrit à Culsans »

« vel cvinti. arn/tias. selan/ sl. tez. alpan/turce »

Soit : « vel cvinti fils d’une arnti l’offrit à Selvans « tez » « 

Il est vraisemblable de penser que ces statuettes étaient donc des offrandes votives d’un certain « vel cvinti » (personnage important ou magistrat dédicataire) puisqu’elles ont été trouvées près d’une sorte de monument ( une porte à deux arches où passait une route) dans une aire sacrée. Elles étaient toutes deux liées au culte des portes (Culsans) et des frontières (Selvans).

Elles proviendraient d’un atelier local et seraient datées entre le IIIè-IIè s. av. J.C. (correspondant aux dates de construction de la nouvelle porte.) »  Extrait du blog Au fil du Temps

J’y ai également vu un foie qui servait d’aide-mémoire aux haruspices. Quand j’avais entendu parlé de ces objets, je les iFoie-de-plaisancemaginais plus grand. Mais c’est un objet pratique qui tient dans la main. Chaque zone découpée correspondrait à une divinité et rappellerait l’espace qu’elle occupe dans le ciel. Les Haruspices étaient encore réputés du temps des Romains. J’ai même lu une fois que César en avait consulté un avant de se rendre au Sénat. Haruspice qui lui avait fortement conseillé de ne pas y aller. Ce fut le jour de son assassinat.

J’ai également vu le reste d’une boîte percée, recouverte d’inscription, qui pense-t-on, servait à la divination.

Il y aurait encore bien d’autres objets dont je pourrais vous parler, mais ce sont vraiment ceux-là qui m’ont le plus marqué.

Lors de l’exposition, il était bien mis en avant que l’écriture était maîtrisée par l’aristocratie et par les artisans. Il y avait un aspect très élitiste. Contrairement aux Romains, les Étrusques n’ont pas écrit sur eux et leurs histoires. Mais ils n’hésitaient pas à écrire dans la cadre de la religion.

Moi qui honore les Dieux Celtes, j’avoue que j’envie ces civilisations où on trouve des supports écrits qui parlent de religion et de divinités. Même si depuis des années, on revient sur les clichés du Gaulois analphabète. Les Gaulois utilisaient parfois l’écriture, sur leurs objets personnels ou dans le cadre du commerce par exemple. Un païen romain me charriait car ils n’avaient pas inventé d’écriture. C’est vrai. Ils n’ont pas perdu de temps à ça, ils n’ont eu qu’à emprunter l’écriture locale (oui, ça vole pas très haut 🙂 mais on aime bien se taquiner sur Romains contre Gaulois et trouver une réponse à tout prix, même si c’est pas sérieux). C’est pourquoi on a retrouvé des écritures en langue gauloise avec des alphabets ibères, étrusques, grec et latin. De l’époque gallo-romaine, nous avons les plombs du Larzac, où de mémoire ce sont des sorcières qui se maudissent . Sympa l’ambiance. J’ai un livre sur le sujet, il faudra que je m’y plonge.

Nous avons aussi de la 170px-CLUNY-Maquette_pilier_nautes_1statuaire avec quelques noms de Dieux, tel que le Pilier des Nautes, du Ier siècle après JC, trouvé dans les fondations de Notre-Dame de Paris. (Vu sur Wikipédia,on pense qu’au début de l’ère chrétienne, le site de la la cathédrale Notre-Dame était occupé par un temple païen gallo-romain dédié à Jupiter.)

Mais de l’époque antérieur, rien qui ne se rapporte au religieux ou au mythe.

César dans La Guerre des Gaules a écrit :  » Les druides ne vont point à la guerre et ne paient aucun des tributs imposés aux autres Gaulois; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges.  Séduits par de si grands privilèges, beaucoup de Gaulois viennent auprès d’eux de leur propre mouvement, ou y sont envoyés par leurs parents et leurs proches.  Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage. Il n’est pas permis de confier ces vers à l’écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques.  Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage: l’une est d’empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire; et l’autre, que leurs disciples, se reposant sur l’écriture, ne négligent leur mémoire; car il arrive presque toujours que le secours des livres fait que l’on s’applique moins à apprendre par coeur et à exercer sa mémoire. »

Les hypothèses formulées par César sont intéressantes. Mais par exemple, pour la première évoquée, que « leur science ne se répande dans le vulgaire », ne me convaincs pas. Sincèrement, le taux d’alphabétisation à l’époque (sans compter ceux qui savent tout juste écrire leur nom) devait être si faible que bien peu devait pouvoir les lire. De plus, dans les autres civilisations, à ma connaissance, personne ne s’est amusée à diffuser des textes religieux ou sacrés dans le dos des prêtres. La deuxième hypothèse évoque par César, celle de la mémoire. Pourquoi pas. J’ai même lu une troisième hypothèse ailleurs. L’écriture fixe le savoir et l’empêche d’évoluer et d’être remis en question. Je crois que de toutes les raisons, c’est celle que je préfère.
Car quand le contenant, le livre, prend le dessus sur le contenu, l’écrit; on se retrouve comme aujourd’hui avec des religions du livre bloqués dans le passé et leurs contradictions.  Mais c’est une vision actuelle des religions d’aujourd’hui. Les Druides auraient-ils vraiment un tel recul à l’époque pour l’envisager ?

Je me demande vraiment donc pourquoi n’y a-t-il pas eu d’écrits religieux de la part des druides. Qui avec leurs connaissances et observations devaient également bien savoir que la mémoire se perd avec l’âge ou l’accident. Il faudrait peut-être que je fasse un détour par les cultures orales pour comprendre une manière différente de penser et qui pourrait m’apporter des éléments de réponse sur le sujet.

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2 réflexions au sujet de « Les Étrusques, écrit et objets de croyances »

  1. chatporon

    Salutations ! La nature « moins figée » des savoirs oraux druidiques est vraisemblablement un mythe. On dispose d’un exemple analogue chez les Brahmanes en Inde, classe sacerdotale et intellectuelle disposant du monopole du savoir religieux versifié (les Védas). Ces hymnes sont transmis oralement. Or, leur composition est datée au moins de -1500 avant notre ère (mais le plus ancien et le plus sacré, le Rig-Veda, est estimé vers -3000), et on trouve une homogénéité parfaite du contenu, sans divergences de versions (y compris dans les rythmes, mélodies, incantations, et même les gestes, qui ne peuvent pas se noter aussi rougoureusement par écrit). Cela tient justement à la méthode de mémorisation et de répétition extrêmement stricte, d’ailleurs, entrée au patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO en 2008 pour son caractère extraordinairement conservateur : https://www.youtube.com/watch?v=K65yze475jQ

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